Le jour de votre installation, vous imaginiez exercer la médecine.

La relation avec vos patients.

Votre expertise qui se déploie.

Vous n’imaginiez pas arbitrer le planning des secrétaires un dimanche soir.

Pourtant, c’est souvent ce qui arrive.

On commence seul, ou à deux. Puis on s’associe, on partage des locaux, on embauche une assistante à plusieurs. Et sans vraiment l’avoir décidé, on devient employeur.

Exercer en cabinet de groupe, ce n’est pas qu’une question de mètres carrés partagés.

C’est un changement d’organisation qui finit toujours par toucher aux ressources humaines.

Ce passage concerne presque tout le monde aujourd’hui : médecins, dentistes, et par extension vétérinaires, qui vivent la même réalité d’équipe. Voici comment franchir le cap en connaissance de cause, sans vous transformer en gestionnaire à temps partiel.

Santé libérale : Pourquoi on ne s’installe presque plus seul en cabinet de ville

Le cabinet solo recule, et les chiffres sont nets.

Les chiffres viennent de la DREES, le service statistique du ministère de la Santé. Début 2022, 69 % des médecins exerçaient en groupe. Ils étaient 61 % en 2019, et seulement 54 % fin 2010. Chez les moins de 50 ans, on grimpe à 87 %.

La tendance n’est pas un effet de mode.

Elle répond à des raisons très concrètes.

Cabinet de groupe : moins de charges, moins de solitude

Un cabinet, ça coûte cher.

Le loyer, le matériel, le secrétariat, les logiciels.

Seul, vous portez tout.

À plusieurs, vous répartissez.

Logique.

Il y a aussi la continuité des soins.

Quand vous êtes absent, un associé peut prendre le relais auprès d’un patient qui ne peut pas attendre.

Le cabinet ne ferme pas quand vous n’êtes pas opérationnel.

Et puis il y a l’isolement.

Exercer seul, c’est porter chaque décision sans personne à qui en parler.

En groupe, on échange un avis entre deux consultations.

Ça compte plus qu’on ne le croit.

Le revers de l’exercice en groupe qu’on oublie de mentionner

Partager des moyens, c’est aussi partager des contraintes.

Il faut s’entendre sur les horaires d’ouverture.

Sur l’utilisation des salles.

Sur qui paie quoi.

Et dès qu’une personne est salariée par le groupe, il faut une organisation qui tienne la route.

C’est précisément là que beaucoup de praticiens découvrent un métier qu’ils n’avaient pas choisi.

Les formes d’exercice en cabinet de groupe, décodées sans jargon

Avant de parler RH, posons le cadre.

Il existe plusieurs façons juridiques de se regrouper.

Pas besoin d’être juriste pour comprendre la logique : tout se joue sur une question simple.

👉 Qu’est-ce qu’on met en commun ?

1️⃣ Le contrat d’exercice en commun : partager juste les frais

La forme la plus légère porte un nom un peu administratif : le contrat d’exercice en commun, parfois appelé contrat à frais communs.

Chacun reste totalement indépendant.

On partage le loyer, le matériel, les charges. Rien d’autre.

Avantages :

👉 Très peu de formalités.

👉 Aucun enregistrement obligatoire.

Limites :

👉 Il n’y a pas de structure juridique commune. Le groupe ne peut donc rien acheter en son nom.

Ex : Si vous investissez ensemble dans un échographe, vous êtes en indivision, chacun pour sa part.

⚠️ Un piège guette ici. Collaborer durablement sans aucun contrat écrit peut être requalifié en société de fait. Le risque est sérieux : un associé non déclaré peut se voir reconnaître des droits sur la moitié de la patientèle. Mieux vaut un cadre clair dès le départ.

 

2️⃣ La SCM (société civile de moyens) : partager les moyens, pas les revenus

La forme la plus répandue chez les soignants, c’est la SCM, pour société civile de moyens.

Le principe tient en une phrase.

La SCM met en commun les moyens du cabinet, jamais les honoraires.

Vous mutualisez les locaux, le matériel, le personnel.

Mais chacun garde sa patientèle et ses recettes.

Cette structure a un vrai atout : elle existe juridiquement.

Elle peut donc signer un bail, acheter du matériel, et surtout employer du personnel. On y reviendra, parce que c’est le cœur du sujet.

Un point de vigilance, en revanche :

Dans une SCM, les associés répondent des dettes de la société de façon indéfinie. Si l’un fait défaut, les autres sont sollicités. D’où l’importance de bien choisir avec qui l’on s’associe.

 

3️⃣ SCP et SEL : partager aussi les honoraires

Au-delà, deux formes vont plus loin.

👉 La SCP, société civile professionnelle, met en commun les honoraires.

Vous exercez vraiment ensemble, avec une patientèle de groupe.

En contrepartie, il existe une solidarité financière entre associés. L’engagement est plus fort.

👉 La SEL, société d’exercice libéral, est une forme plus proche de l’entreprise.

Elle permet d’ouvrir le capital, d’envisager une croissance ou une transmission.

Elle demande un formalisme plus lourd et une vraie aisance avec les questions fiscales.

 

4️⃣ La SISA : le cas particulier du soin coordonné en groupe

Dernière forme à connaître, surtout si vous travaillez avec d’autres métiers : la SISA, société interprofessionnelle de soins ambulatoires.

Elle réunit plusieurs professions autour d’un projet de soins commun.

C’est la base juridique des maisons de santé.

Elle permet de percevoir certaines dotations publiques et d’employer du personnel partagé entre plusieurs disciplines.

À ne pas confondre, d’ailleurs : un cabinet de groupe partage des moyens, une maison de santé repose sur un projet médical coordonné. Ce n’est pas la même ambition.

 

Forme Ce qu’on met en commun Peut employer ? Patientèle
Frais communs Les frais uniquement Non (indivision) Personnelle
SCM Les moyens, pas les honoraires Oui Personnelle
SCP Moyens et honoraires Oui Commune
SEL Exercice en société Oui Selon statuts
SISA Projet de soins pluripro Oui Personnelle

Cabinet de groupe : le moment où ça devient une histoire de RH

☝️ Voici le virage que personne ne vous annonce.

Le jour où votre cabinet de groupe embauche une secrétaire commune, quelqu’un devient son employeur.

Et la plupart du temps, ce quelqu’un, c’est la société.

 

La SCM employeur

Une SCM peut parfaitement recruter une secrétaire ou une assistante. Dans ce cas, c’est la société qui signe le contrat, édite les fiches de paie et verse les cotisations sociales. Les associés financent ce coût via une clé de répartition prévue dans les statuts.

Prenez un cabinet d’ophtalmologie en groupe, le cas le plus courant.

Plusieurs ophtalmologues, des orthoptistes pour les pré-consultations, des secrétaires à l’accueil, parfois sur deux sites.

Toute cette équipe est salariée, le plus souvent par la SCM. Du jour au lendemain, ce sont des contrats, des bulletins de paie et des plannings croisés à tenir. Sans que personne se soit déclaré « responsable RH ».

Et c’est là que les choses se corsent.

 

La clé de répartition, source de tensions

Qui utilise vraiment la secrétaire ? Celui qui consulte 5 jours sur 7 ou celui qui vient 2 demi-journées ?

Si la clé de répartition ne reflète pas l’usage réel, les tensions arrivent vite. Mieux vaut la définir noir sur blanc dans les statuts, poste par poste si besoin. C’est moins romantique qu’un projet d’équipe, mais ça évite bien des discordes.

 

La convention dépend de votre métier

Dès que vous employez, une convention collective s’applique. Et elle change selon votre activité.

🩺 En médecine, c’est la convention collective du personnel des cabinets médicaux (son numéro officiel : IDCC 1147) qui encadre les secrétaires, assistantes et autres salariés. Les spécificités de la convention des cabinets médicaux méritent qu’on s’y attarde : amplitude, délai de prévenance, congés d’ancienneté.

🦷 En dentaire, c’est la convention des cabinets dentaires (IDCC 1619), avec ses propres règles.

Côté vétérinaire, le cadre est un peu à part. Au sens strict, le vétérinaire n’est pas un « professionnel de santé » au sens du Code de la santé publique, réservé à la santé humaine. C’est une profession libérale de soin réglementée. Mais la logique d’équipe est identique, et une nouvelle convention collective vétérinaire (IDCC 3256) va prochainement s’appliquer aux cliniques.

 

➡️ Trois métiers, trois conventions. Une même réalité : à partir du premier salarié, vous avez des obligations.

La vie au quotidien en cabinet de groupe : seul ou en équipe complète

Sur le papier, le groupe simplifie tout. Dans les faits, il déplace la complexité.

 

Le planning du cabinet de groupe n’est plus unqiuement le vôtre

Seul, votre agenda ne regarde que vous.

En groupe, tout s’entremêle.

Deux praticiens qui veulent la même salle le mardi matin. Une secrétaire partagée entre trois plannings différents. Des horaires d’ouverture à couvrir du lundi au samedi, avec une seule personne à l’accueil.

Le planning collectif d’un cabinet de groupe devient un exercice d’équilibriste.

Chaque absence se répercute sur les autres.

Rien n’est jamais vraiment isolé.

 

Les congés, ce casse-tête à plusieurs

Quand vous étiez seul, vos vacances ne concernaient que vous.

À plusieurs, la gestion des congés c’est une autre paire de manches.

Il faut que le cabinet reste ouvert. Que la secrétaire ne parte pas en même temps que celle qui pourrait la remplacer. Que personne ne se sente lésé.

Sans règle claire, c’est le premier qui demande qui décroche les meilleures dates. Et ça crée des frustrations.

 

Les remplacements médicaux, le nerf de la guerre

📌 C’est sans doute le sujet le plus sensible du cabinet de groupe.

Un médecin libéral qui part en congé ou en formation doit souvent être remplacé. Trouver le bon remplaçant, vérifier ses disponibilités, organiser la passation : tout ça prend un temps fou quand ça se gère par messages éparpillés.

Et un remplacement mal anticipé, c’est une journée de consultations perdue.

Pour le praticien, pour les patients, pour la trésorerie du groupe.

L’enjeu n’est pas que pratique.

Un cabinet où l’organisation des remplacements tourne mal finit par fatiguer toute l’équipe. Ceux qui restent compensent. Ceux qui partent culpabilisent.

 

Quand l’organisation tient sur une seule personne

Voici le vrai risque du cabinet de groupe qui grandit.

Souvent, toute la mécanique repose sur une seule personne.

Dans le meilleur des cas, un responsable de centre est recruté. Mais souvent au départ on constate que c’est une secrétaire qui connaît tout, ou un associé qui a pris la casquette RH.

Et le jour où cette personne tombe malade, plus rien ne tourne.

C’est précisément ce qu’un outil comme Timed remet à plat : tout au même endroit, ouvert à toute l’équipe. L’organisation ne dépend plus d’une seule tête.

Elle est partagée.

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Ce qui change vraiment quand vous passez en groupe

Exercer en cabinet de groupe, c’est un bon calcul.

Moins de charges, plus de continuité, moins de solitude.

Les chiffres de la DREES le confirment : on ne revient pas en arrière.

Mais il faut entrer dans cette aventure les yeux ouverts.

 

Vous gagnez Vous devez anticiper
Le partage des charges Une structure juridique à choisir (SCM le plus souvent)
La continuité des soins Un planning collectif à coordonner
Un secrétariat mutualisé Le statut d’employeur et la convention collective
Des remplacements possibles Une organisation qui ne tient pas sur une seule personne
Moins d’isolement Une clé de répartition claire entre associés

 

Le passage en groupe ne se résume pas au choix d’un sigle juridique.

Il transforme votre quotidien d’organisation, et finit toujours par toucher au management d’une équipe.

Mais la bonne nouvelle, c’est que, anticipé, ce virage se vit sereinement.

Vous restez soignant, sans devenir gestionnaire à plein temps.

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